Chastel — série de sculptures Viande
Une chair qui restera viande
L’artiste Chastel a grandi dans la petite paysannerie de Haute-Loire, héritière de dizaines de générations de paysans, nourrie de visions douces-amères, de beauté naïve et de tragédies quotidiennes.
Ce lien intime a pris la forme d’un veau mort-né, à l’anatomie animale sublimée, élevé au rang de chair, anthropomorphisé. D’autres fois déformé, futuriste, explorant les capacités plastiques insoupçonnées du veau, si peu représenté dans le monde de l’art.
Ce veau infiniment fragile est symptomatique des bouleversements sociétaux que traversent les campagnes. Des paysans qui peinent à survivre et la disparition prochaine des paysages qu’ils façonnent.
Lait
Grand format — terre



Lait — Terre — Étape de fabrication
Ce n’est pas mon histoire que je raconte. Là où j’ai grandi, mangé le blé dur, où je me suis grattée la peau pendant les fenaisons. La joie d’une petite place sur un tracteur, de boire le lait encore chaud de la vache, de deviner, la tête dans les nuages, le temps des prochains jours. Sentir la chaleur fumante des vaches dans l’écurie. Ça, c’est la vision d’une enfant et de son terrain de jeux.
Celle des adultes, c’est le travail qui commence tôt, et finit quand tout le monde est couché. C’est le corps qui lâche, qui meurt petit à petit. C’est l’évacuateur qui est tombé en panne, encore. La question de : va-t-on appeler le véto pour un veau qui ne vaut que quelques sous ?
C’est une histoire qui ne fait pas de bruit. Les gens de là-bas, taiseux qu’ils sont, n’ont pas le temps pour ça.
C’est le courage qui ne sert à rien, et le travail qui ne rapporte que de la douleur.
Le problème de cette histoire, c’est qu’elle ne fait pas assez de bruit.
C’est la mort d’un monde, qui inévitablement, doit mourir.
Danse #2
Plâtre acrylique




Veau
Terre / Résine


Danse #1
Résine chargée acier




Quartiers
Bas-reliefs — Terre
Les pylônes électriques nous mènent vers des hameaux qui autrefois avaient dû se faire appeler « village ». Aujourd’hui vaincus par l’éloignement de la ville, ils sont devenus des tas de pierres et de crépis grisâtres.
Celle qu’on nomme « la » ville, n’est pas la capitale. Elle est les 18 000 habitants situés à une heure de route. Il faut dire que Paris, la mer, les grèves, n’existent qu’à travers la télé.
Ceux qui sont restés sont trop vieux et trop malades pour partir, ou trop têtus. D’autres semblent avoir de l’espoir : celui de pouvoir un jour gagner leur vie et de croire que tous les efforts n’auront pas été faits en vain.
Au milieu de tout ça, il y a des Hommes et des bêtes.
Du silence, du sang et de la merde.
Le veau, c’est un destin tragique, celui d’une chair qui restera viande.